Travailler plus intelligemment, pas plus durement : Des idées neutres en termes de coûts pour réformer la RS&DE

30 janvier 2024

Par Laurent Carbonneau

Directeur de la politique et de la recherche de l'ICC

Le vénérable crédit d'impôt pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE) est le cheval de bataille de la politique d'innovation du Canada. Il coûtera au Trésor public près de 4 milliards de dollars en recettes non perçues l'année prochaine.  

À titre de comparaison, le Conseil fédéral de la recherche en sciences et en ingénierie du Canada, le CRSNG, a déboursé 1,3 milliard de dollars au cours de l'exercice fiscal le plus récent. Si l'on ajoute la recherche en santé financée par les IRSC, ce chiffre est doublé, mais la RS&DE reste la principale source de financement fédéral de la recherche et du développement. Même les mesures de soutien direct telles que les grappes d'innovation mondiales (souvent rebaptisées) ou la Société canadienne d'innovation (très rabaissée) représentent des investissements relativement modestes.  

À la fin du mois de décembre dernier, le gouvernement fédéral a annoncé qu'il entreprendrait l'examen de la RS&DE promis dans le budget 2022 - avec la particularité de chercher à rendre les changements neutres en termes de coûts dans un environnement fiscal difficile. Les enjeux sont élevés et il sera important de bien faire les choses.

Nous avons déjà abordé la faiblesse historique du Canada en matière de R&D et d'innovation ici à Mooseworks, et le président de l'ICC, Jim Balsillie, a récemment écrit un article dans le National Post qui aide à définir ce qui ne fonctionne pas actuellement en matière de RS&DE. Fondamentalement, les entreprises canadiennes investissent dans la R&D lorsqu'elles peuvent s'assurer qu'elles ont la liberté d'opérer. Sinon, elles font de la philanthropie scientifique et n'investissent pas dans de nouveaux actifs incorporels qu'elles peuvent commercialiser.

Dans une économie mondialisée, les pays s'efforcent, tout comme les entreprises, de récolter les fruits de leurs investissements en R&D. Le fait de subventionner la R&D dans une juridiction ne garantit pas que les bénéfices se retrouvent au même endroit. Le fait de subventionner la R&D dans une juridiction ne garantit pas que les bénéfices se produiront au même endroit. Nos politiques doivent tenir compte de cette réalité. Le Canada devrait chercher à obtenir le meilleur rendement économique possible de l'argent des contribuables qu'il investit dans la RS&DE.  

Nous disposons actuellement de l'un des régimes fiscaux les plus généreux en matière de R&D dans les pays développés, mais nous ne sommes pas aussi bien classés en termes de résultats en matière d'innovation.  

Nous pourrions et devrions faire preuve d'une plus grande détermination pour maximiser ce rendement. Ces dernières années, notre stratégie pancanadienne en matière d'IA, pour ne citer qu'un exemple, a vu les trois quarts des droits de propriété intellectuelle de valeur dont le développement était soutenu par la stratégie être expédiés vers d'autres juridictions. De même, une part considérable des fonds consacrés à la RS&DE va à de grandes entreprises ayant leur siège à l'étranger, qui rapatrient la PI de valeur et nous revendent les produits et services qui en résultent. À l'exception des emplois bien rémunérés pour les chercheurs, les ingénieurs et les concepteurs - qui n'ont pas vraiment de mal à trouver du travail de toute façon - le Canada finit par ne pas voir grand-chose de la valeur de son investissement.

Comme nous l'avons appris en examinant le crédit d'impôt pour la production de jeux vidéo (CTMM) du Québec, les grands demandeurs (et les consultants) tirent bien parti des structures de crédit d'impôt généreuses telles que la RS&DE et le CTMM - et Ubisoft, dont le siège est en France, s'est emparé de 100 millions de dollars sur les 350 millions de dollars que représente cette incitation.

De même, l'analyse de The Logic a révélé que dans le cas de la RS&DE, ce sont les grandes entreprises qui en ont le plus profité (par rapport aux petites et moyennes entreprises) et que les filiales étrangères ont reçu environ un quart de tous les dollars des grandes entreprises. L'ICC a également demandé à ce que les bénéficiaires de la RS&DE soient plus transparents, et nous continuons à penser que cela devrait faire partie de tout paquet de réformes.

Alors, que pouvons-nous faire pour transférer les activités de RS&DE sans incidence sur les coûts ? Nous pouvons nous référer une fois de plus à la recherche effectuée sur le crédit d'impôt québécois et réfléchir à ce que nous incitons réellement les entreprises à faire. Les auteurs de cette étude ont soutenu que le crédit CTMM devrait moins subventionner les intrants de production et davantage les activités susceptibles de générer davantage de ventes et de revenus - des éléments qui mènent directement à la croissance.

Il est logique de maintenir le taux de RS&DE remboursable de 35 % pour les petites entreprises, car elles ont besoin de capitaux et ont souvent peu de revenus. Mais à mesure que les entreprises se développent, deviennent plus sophistiquées et augmentent leurs revenus, il serait logique de réduire le taux non remboursable de la RS&DE auquel toutes les entreprises ont accès, et le gouvernement pourrait utiliser les économies réalisées pour créer une incitation à la commercialisation et à la propriété intellectuelle, semblable à la structure de la "patent box". Nous pourrions l'appeler l'Incitation canadienne à la commercialisation - nous pensons que CCI sonne bien.

La suppression des subventions à la recherche et l'incitation à la recherche de nouveaux revenus liés à la recherche, au développement et aux droits de propriété intellectuelle placeraient l'aide publique là où elle devrait être : sur les résultats plutôt que sur les intrants.

C'est probablement le meilleur rapport qualité-prix que le Canada pourrait obtenir avec une approche neutre en termes de coûts. Alors que la politique d'innovation continue d'évoluer dans un environnement budgétaire plus contraint, nous devons réfléchir sérieusement aux types de compromis que nous devrons faire pour nous assurer que les Canadiens perçoivent une valeur réelle pour leurs investissements dans la croissance et la productivité futures.

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