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Un simple tapis de bienvenue ne suffit pas : retenir les meilleurs talents du Canada
September 4, 2026
Par Laurent Carbonneau
Vice-président, Politique et plaidoyer, CCI
La semaine dernière, le gouvernement fédéral a annoncé que les principales universités de recherche du Canada avaient recruté 64 professeurs de renommée mondiale, financés par un nouveau programme de chaires de recherche visant à attirer les meilleurs talents internationaux. Près de 50 de ces 64 professeurs proviennent directement d'universités américaines. Certains sont Canadiens de naissance ou ont grandi au pays, mais beaucoup ne le sont pas.
Ces chercheurs sont des sommités, et c'est sans aucun doute une excellente nouvelle pour le Canada. Le gouvernement américain rend cela possible en réduisant le financement de la recherche et en dégradant les campus universitaires, qui semblent désormais moins attrayants et moins sûrs qu'il y a quelques années. Leur perte, causée par leurs propres décisions, devient notre gain.
Le Canada devrait tirer profit de cette bonne nouvelle et en retenir une leçon : nous devrions en faire beaucoup plus pour attirer et retenir ici les meilleurs cerveaux du monde. Alors que le gouvernement fédéral prépare son budget de novembre, il devrait miser gros pour retenir et rapatrier les Canadiens entrepreneurs. Bien qu'il existe de nombreuses façons d'y parvenir, un moyen simple de commencer est d'utiliser le système fiscal pour accroître les avantages offerts aux investisseurs et aux innovateurs qui développent leur entreprise au Canada.
Notre gouvernement a agi avec justesse en partant du principe que les talents exceptionnels peuvent agir comme des multiplicateurs de force. Comme l'a déclaréla ministre Joly : « Pendant longtemps, nous avons dû composer avec les impacts de la fuite des cerveaux. Nous sommes maintenant en mode gain de cerveaux. »
C'est une excellente dynamique pour aborder l'automne, car il y a beaucoup de cerveaux à gagner, même si l'on ne parle que des Canadiens. Les plus de 800 000 Canadiens vivant aux États-Unis sont parfois surnommés la « province manquante » du Canada. Cela représente à peu près la population du Nouveau-Brunswick, soit un chiffre situé entre celle de Winnipeg et celle d'Edmonton. Des dizaines de milliers de personnes partent chaque année, et il y a tout lieu de croire que les innovateurs et les leaders techniques sont surreprésentés parmi eux.
Un groupe aussi vaste et entrepreneurial que notre « province manquante » peut réellement faire une différence sur le plan économique. Une récente étude de la Banque du Canada a révélé que si l'on ramenait au pays les Canadiens vivant aux États-Unis avec leurs revenus américains, le PIB par habitant du Canada augmenterait de 6 % après avoir tenu compte de certains ajustements statistiques. Cela représente environ 5 400 $ pour chaque adulte, ou 187 milliards de dollars pour l'ensemble de l'économie.
La raison pour laquelle de nombreux Canadiens travaillant aux États-Unis y restent est, bien entendu, qu’ils ne peuvent pas gagner leur salaire américain au Canada. Les auteurs suggèrent que la perte d’un si grand nombre de Canadiens exceptionnels par l’émigration contribue à maintenir le Canada dans un équilibre caractérisé par de petites entreprises et une faible innovation.
La question est donc la suivante : comment garder les Canadiens les plus prometteurs ici – le sacrifice patriotique n’est pas une solution sur laquelle on peut miser indéfiniment – et, idéalement, ramener au pays ceux qui ont travaillé pour certaines des entreprises et des grappes les plus dynamiques au monde, afin qu’ils y mettent leur expertise à profit.
La réalité actuelle est que l’économie mondiale est centrée sur des entreprises vedettes qui génèrent des retombées incroyables. Le Canada n’en compte pas assez. Si nous en voulons davantage, une mesure importante consiste à rendre le rendement du capital investi dans les entreprises innovantes plus attrayant au Canada qu’aux États-Unis.
Dans son premier budget, le gouvernement Carney a fusionné et prolongé les crédits d’impôt à l’investissement pour créer la « super-déduction pour la productivité » afin de stimuler l’investissement. Toutefois, une autre conclusion importante du document de la Banque du Canada mentionné plus haut est que la pénurie d’investissement en biens d’équipement n’est pas le véritable problème du Canada. Cela n’explique pas l’écart de productivité et de PIB par habitant. Cet écart est concentré de façon écrasante chez les travailleurs à revenu élevé, qui travaillent eux-mêmes majoritairement pour des entreprises de pointe. Davantage de déductions sur les investissements en biens d’équipement, comme la machinerie, ne susciteront pas le genre de paris sur des entreprises risquées à fort potentiel dont notre économie a réellement besoin.
Si le gouvernement veut envoyer un signal fort, il devrait égaler ou surpasser l’exemption américaine sur les actions de petites entreprises admissibles (QSBS) pour les investissements dans les entreprises canadiennes des secteurs innovants. Lorsqu’elle a été introduite aux États-Unis sous l’administration Obama, cette politique, qui réduisait l’impôt sur les gains en capital pour les actions de jeunes entreprises innovantes, a eu un impact rapide tant sur la création d’entreprises (une augmentation de 10 %) que sur le dépôt de brevets (une augmentation de 23 %).
Le Canada affiche un taux d’entrepreneuriat en baisse, de faibles taux de R-D dans les entreprises, une économie dominée par les PME et des défis de productivité persistants. Nous avons vu tous ces problèmes s’aggraver au cours de la dernière génération.
Si nous voulons renverser cette tendance, compte tenu de ce que nous savons – que les grandes entreprises innovantes sont essentielles aux résultats économiques nationaux, que nous avons du mal à retenir les talents canadiens et que nous avons tout à gagner à faire revenir ceux qui sont partis –, nous devrions permettre aux entrepreneurs et aux innovateurs de réaliser de meilleurs gains en restant au Canada. Nous devons créer un cercle vertueux de réinvestissement, d’excellence dans la gestion d’entreprises mondiales, ainsi que de recherche et d’innovation pour résoudre les grands défis.
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Laurent Carbonneau est vice-président, Politique et plaidoyer, au CCI. Vous pouvez le joindre à l’adresse lcarbonneau@canadianinnovators.org. Mooseworks est le bulletin d’information sur la politique d’innovation du Conseil des innovateurs canadiens. Pour recevoir des articles comme celui-ci dans votre boîte de réception, abonnez-vous au bulletin du CCI ici .
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