Au-delà de la diversification : ce que le Canada fabrique, ça compte

September 28, 2026

Par Laurent Carbonneau
Vice-président, Politique et plaidoyer, CCI

Nous devons en partie l’existence du Canada aux tarifs douaniers américains.

Peu après la guerre de Sécession, un Congrès protectionniste dominé par des républicains issus d’États manufacturiers a érigé un mur tarifaire élevé pour favoriser les industries américaines. Cette politique a mis fin à un pacte commercial de 1854 qui avait lui-même remplacé les politiques commerciales impériales britanniques, lesquelles étaient avantageuses pour les exportateurs canadiens de céréales, de minerais, de bois et de poisson.

Les tarifs américains ont coupé le commerce des produits de base des colonies britanniques d’Amérique du Nord d’un marché continental émergent. Après avoir reçu un avertissement sévère selon lequel le gouvernement de notre lointain souverain à Londres ne pouvait pas et ne voulait pas offrir d’aide substantielle, les gouvernements coloniaux n’ont eu d’autre choix que de se tourner les uns vers les autres. La Confédération a suivi rapidement.

Depuis, nous avons passé des générations à nous inquiéter de ce que le reste du monde achète chez nous, de la quantité, et de ce que nous achetons à l’étranger. Ce n’est pas nouveau. La Politique nationale, le Pacte de l’automobile, l’élection sur le libre-échange de 1988 et, plus récemment, les retombées de la décision des États-Unis de réimposer un mur tarifaire autour de leur économie ont tous façonné le cours de notre histoire et suscité des débats existentiels sur le Canada et notre place dans le monde.

Ce qui est nouveau, c’est la volonté de réfléchir sérieusement à la façon dont nous pouvons commercer davantage avec le monde et, comme le souligne un nouveau rapport très intéressant d’Exportation et développement Canada (que vous pouvez – et devriez – lire ici) , nous devons également être stratégiques quant à la richesse que notre commerce peut générer pour le Canada.

Pour ce faire, nous devons réfléchir à la manière d’exporter davantage de produits irremplaçables et nous assurer d’être bien positionnés pour en capter la valeur ici.

Les nouvelles de la dernière année n’ont pas toutes été mauvaises, même si elles nous ont probablement tous fait vieillir de quelques années. Nous réalisons les trois quarts de nos échanges commerciaux avec les États-Unis, ce qui nous rend très vulnérables aux aléas de la politique américaine. Jusqu’à présent, les exportations vers le reste du monde ont, dans l’ensemble, compensé les pertes de ventes sur ce marché.

Il y a toutefois un problème préoccupant. Les recherches de TD Economics indiquent un ralentissement important des exportations industrielles (dont les États-Unis sont notre principal client), alors que les exportations mondiales de produits de base se portent plutôt bien. Les prix très élevés de produits comme l’or et, plus récemment, le pétrole, ont à eux seuls fait le gros du travail pour maintenir la stabilité des statistiques commerciales du Canada. Il y a beaucoup de mouvements sous une surface faussement calme.

Une situation où les exportations sont stables ou en hausse, mais où l’on passe des produits industriels aux produits de base, n’est pas un désastre à court terme, mais elle devient préoccupante si elle perdure.

Nous avons déjà parlé de complexité économique, une mesure qui évalue à la fois la valeur et le caractère difficile à reproduire de notre panier d’exportations. La situation que je viens de décrire est une recette pour une complexité moindre.

La complexité économique n’est pas un luxe. Les exportations de produits de base sont précieuses et peuvent générer beaucoup de valeur. Mais la caractéristique déterminante d’un produit de base est qu’il est remplaçable. Les pays qui exportent principalement des produits de base sont plus exposés aux cycles économiques et à la liberté de leurs clients de magasiner ailleurs. L’économie canadienne est déjà devenue moins complexe au cours de la dernière génération.

Le rapport d’Exportation et développement Canada présente un exemple illustratif très utile concernant les pois jaunes, une marchandise que nous exportons en grande quantité. C’est bien beau, mais pourquoi ne fabriquons-nous pas des collations ou des pâtes dont la marque serait reconnue partout dans le monde?

Nous devons également être conscients de notre place dans les chaînes de valeur mondiales. Les relations commerciales entre les entreprises et entre les pays sont, en fait, des relations humaines. Et comme toute relation, celles qui sont fondées sur le respect mutuel et où les deux parties apportent une contribution importante sont celles qui ont le plus de chances d’être fructueuses pour tous. Notre relation avec les États-Unis a toujours comporté une inégalité inhérente, et même nos réussites en matière d’intégration, comme l’industrie automobile, ont un côté vampirique ambigu.

Mais les autres partenaires commerciaux ne nous offriront pas une plus grande part du gâteau – passons des pois aux pâtes – par pure bonté d’âme non plus.

Si le Canada troque sa proximité et son intégration (inégale et ambivalente) dans l’économie industrielle américaine pour une géographie économique semblable à celle de l’Australie (je remercie Ricardo Hausmann et Eric Protzer pour cette métaphore frappante), où nous expédions des produits de base outre-mer à quiconque souhaite les acheter, nous ne gagnerons pas en souveraineté pour autant. Nous deviendrions moins dépendants d’un seul client, certes, mais potentiellement au prix de la perte de notre capacité à fabriquer des produits qui ne peuvent être faits ailleurs, ce qui est la véritable source de notre influence.

Une diversification commerciale intelligente, alors que notre géographie économique se transforme, ne consiste pas seulement à vendre plus de produits à plus d’endroits. Cela signifie qu’il faut adopter une approche stratégique pour renforcer nos capacités à innover, à fabriquer et à vendre des produits que nos clients ne peuvent obtenir nulle part ailleurs. Et cela signifie bâtir des relations commerciales où les entreprises canadiennes sont en mesure de garantir la valeur et la richesse pour le Canada tout en faisant affaire avec leurs partenaires.

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Laurent Carbonneau est vice-président, Politique et plaidoyer, au CCI. Vous pouvez le joindre à l’adresse lcarbonneau@canadianinnovators.org. Mooseworks est l’infolettre sur les politiques d’innovation du Conseil des innovateurs canadiens. Pour recevoir des articles comme celui-ci directement dans votre boîte de réception, abonnez-vous à l’infolettre du CCI ici .

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