Le fossé de croissance au Canada : où sont passées nos entreprises en phase de croissance?

August 20, 2026

Par Laurent Carbonneau
Vice-président, Politique et plaidoyer, CCI

Les difficultés du Canada à retenir les entreprises qui réussissent à croître ne sont pas nouvelles. Toutefois, dans l’économie de l’innovation, elles deviennent cruciales pour nos perspectives de croissance, notre diversification économique et notre prospérité à long terme. Comme nous l’avons répété à maintes reprises, il n’a jamais été aussi important d’être un pays où des entreprises de classe mondiale peuvent croître et prendre de l’expansion.

C’est pourquoi nous avons collaboré avec des chercheurs qui se penchaient sur une question fondamentale : qu’est-ce qui réellement motive les fondateurs à vendre leur entreprise à des acquéreurs étrangers? Si nous voulons faire croître davantage d’entreprises canadiennes et les garder ici à long terme, nous devons comprendre les raisons qui poussent à prendre la décision de vendre.

Lors d’entrevues menées auprès de 30 fondateurs d’entreprises canadiennes ayant pris de l’expansion avant d’être vendues, nous avons relevé quatre thèmes récurrents.

Premièrement, il existe un décalage entre le niveau et le type de risques que prennent les entreprises et ce que les investisseurs, les prêteurs et les autres bailleurs de fonds sont prêts à assumer, particulièrement pour les entreprises à forte intensité de capital, comme celles des sciences de la vie et du matériel informatique.

Les programmes publics et les investisseurs exigent souvent des jalons techniques comme condition de financement, alors que c’est justement ce financement qui aurait permis d’atteindre ces jalons, ou ils demandent un remboursement selon un échéancier incompatible avec la nature de l’entreprise.

Le Canada dispose également d’un bassin moins important de capitaux spécialisés et d’investisseurs possédant une expertise approfondie dans des secteurs précis, capables de valider les projets auprès d’investisseurs plus généralistes. Tous ces facteurs ont poussé les fondateurs à chercher des capitaux répondant à leurs besoins, qu’ils ont trouvés à l’extérieur du Canada.

Deuxièmement, les fondateurs ont identifié la demande et les clients comme un obstacle. Les marchés publics, et cela ne surprendra pas les lecteurs assidus de Mooseworks, ne sont pas conçus pour acheter des produits et services innovants. Même dans le secteur privé, les fondateurs ont affirmé qu’avoir des clients internationaux était une condition nécessaire pour réussir à vendre à des entreprises clientes au Canada.

Troisièmement, prendre de l’expansion signifie naviguer dans un labyrinthe de bailleurs de fonds et de programmes sans structure réelle ni cheminement clair. Passer d’une étape à l’autre exige de repartir à zéro dans ses démarches et ses relations, ce qui demande du temps — et des liquidités — que les entreprises en pleine croissance ne peuvent tout simplement pas se permettre. Les programmes gouvernementaux comportaient des seuils critiques à mesure que les entreprises grandissaient, ou devenaient plus complexes, moins réactifs ou plus lourds sans pour autant devenir plus utiles. Les entreprises commençaient avec beaucoup de soutien, mais finissaient par dépasser ces programmes, sans qu’il y ait de base de capital ou de clients pour les propulser à l’étape suivante.

Enfin, la croissance implique de transformer l’organisation pour relever de nouveaux défis, et les entreprises ont eu du mal à obtenir rapidement les talents, l’infrastructure et les capacités internes nécessaires. Trouver les bons talents techniques, et surtout les bons cadres, signifiait souvent regarder à l’étranger, ce qui impliquait de gérer des processus de visa, des relocalisations, des délais, et plus encore. Particulièrement pour les rôles commerciaux cruciaux dont les entreprises ont besoin lorsqu’elles lancent leurs produits sur de nouveaux marchés, le Canada ne disposait pas d’assez de candidats pour pourvoir les postes. Il s’agit malheureusement d’un cercle vicieux qui est à la fois une cause et une conséquence de la difficulté de croître au Canada.

Compte tenu de tous ces défis, il n’est pas étonnant que les fondateurs aient vu l’acquisition comme la meilleure voie à suivre pour eux et leur entreprise. Prises individuellement, ce sont des décisions tout à fait rationnelles. Comme nous l’avons constaté par le passé, il n’est pas viable de compter sur le patriotisme pour garder les gens et leurs entreprises ici indéfiniment.

Qu’est-il arrivé après l’acquisition de ces entreprises? La plupart ont maintenu leurs activités au Canada, généralement les opérations, la R-D et, à l’occasion, la fabrication. Cependant, dans la majorité des cas, les postes de direction et de cadres ont été déplacés à l’étranger. C’est ce genre de dévitalisation qui nuit à la croissance en freinant le développement des compétences exécutives et entrepreneuriales dont nous avons besoin.

Aucun de ces problèmes n’est nouveau, et le lecteur assidu de Mooseworks reconnaîtra les quatre obstacles à la croissance dont nous parlons régulièrement : l’accès aux talents, l’accès au capital, l’accès aux clients, ainsi que les cadres de marché et réglementaires. Il est toutefois utile et éclairant d’obtenir un point de vue concret sur la façon dont ces obstacles interagissent pour mener à la décision finale de vendre à un acquéreur étranger.

Il s’agit rarement d’un seul élément ou de la goutte d’eau qui fait déborder le vase; c’est plutôt une accumulation de frustrations, de délais et de goulots d’étranglement qui finit par faire de la vente la meilleure option.

Vous voulez approfondir ce qui pousse réellement les entreprises canadiennes à vendre? Lisez le rapport complet pour découvrir les témoignages des fondateurs, les obstacles auxquels ils ont été confrontés et ce qu’il faudra faire pour aider davantage d’entreprises de classe mondiale à croître et à rester ici.

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Laurent Carbonneau est vice-président, Politique et plaidoyer, au CCI. Vous pouvez le joindre à l’adresse lcarbonneau@canadianinnovators.org. Mooseworks est l’infolettre sur les politiques d’innovation du Conseil des innovateurs canadiens. Pour recevoir des articles comme celui-ci directement dans votre boîte de réception, abonnez-vous à l’infolettre du CCI ici .

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