Si vous voulez régler la COVID, et tout le reste, commencez par les données

May 14, 2021

Par Dana O'Born, directrice des initiatives stratégiques du CCI

Le mot « crise » est surutilisé en ce moment.

La COVID-19 est, bien sûr, une crise de santé publique qui a entraîné une crise économique.

L'immobilier canadien est confronté à une crise d'abordabilité et, selon le parti politique que vous favorisez, vous pourriez croire que nous sommes au beau milieu d'une crise d'inégalité des revenus.

Et au cas où vous l'auriez oublié, nous sommes encore loin d'avoir résolu la crise climatique.

Bien qu'il s'agisse d'un mot surutilisé, j'aimerais que vous considériez une autre crise qui alimente tous les défis que j'ai déjà mentionnés.

Le Canada fait face à une crise nationale des données, et notre incapacité à exploiter cette ressource vitale du 21e siècle rend tout le reste plus difficile.

Comme c'est d'actualité, parlons de la COVID-19 et des soins de santé, mais ces idées s'appliquent également aux autres crises.

Bon nombre d'entre nous avons pris l'habitude quotidienne de vérifier le nombre de cas, les taux d'hospitalisation, les doses de vaccins administrées. Nous examinons des graphiques avec des moyennes mobiles sur sept jours et nous plongeons dans toutes les données locales que nous pouvons trouver, essayant de comprendre les risques et les tendances.

Nous connaissons la valeur des données en ce qui concerne la pandémie.

Et pourtant, en tant que pays, nous faisons un travail lamentable pour exploiter la puissance des données. Pendant les quatre premiers mois, le gouvernement fédéral ne collectait même pas les données de base sur les cas de COVID-19.

Et alors que nous nous inquiétons de l'innocuité et de l'efficacité des vaccins, nous apprenons que notre capacité à suivre les expéditions est entravée par le fait qu'aucune province n'a la capacité de numériser les codes à barres imprimés sur chaque fiole de vaccin.

Dans notre monde de logiciels, d'appareils connectés, d'intelligence artificielle et d'automatisation, les données sont le facteur sous-jacent qui rend les systèmes plus précis, les processus plus efficaces.

Les innovateurs canadiens demandent au gouvernement d'élaborer une Stratégie nationale sur les données qui tienne compte de manière significative de toutes les façons dont les données circulent dans notre économie et dans notre société. Les données sont un intrant essentiel de l'intelligence artificielle (IA), qui est un nouveau facteur de production.

Les données sont si fondamentales pour nos processus technologiques que nous croyons que le gouvernement a besoin d'une approche holistique qui tienne compte de tout, de la sécurité nationale et des valeurs démocratiques aux opportunités économiques et aux droits des citoyens. IBM estime que 90 % des données mondiales ont été créées au cours des deux dernières années. Cela représente 2,5 quintillions d'octets de données par jour, pour les passionnés.

Et franchement, nos gouvernements canadiens ne sont pas du tout là où ils doivent être en matière d'utilisation des données. En tant que pays, nous vivons dans un état de paralysie bureaucratique qui nous empêche d'adopter des services modernes.

Nous avons souvent tellement peur des risques que nous perdons de vue les avantages. Si les directives d'approvisionnement et les règles lourdes nous empêchent d'adopter des technologies modernes, et que nous utilisons toujours des télécopieurs en 2021 pour envoyer des dossiers médicaux, quelque chose s'est terriblement mal passé.

Si les préoccupations liées à la confidentialité empêchent les responsables de la santé publique de recueillir et d'analyser les données médicales au niveau de la population, alors que les individus diffusent des données médicales à gauche et à droite à toutes sortes d'entreprises privées via leur téléphone intelligent ou leur montre intelligente, est-ce que cela a vraiment du sens ? Si Facebook et Loblaws en savent plus sur votre état de santé que votre médecin, gouvernons-nous de manière optimale l'économie axée sur les données ?

Ce qui me frustre, c'est le fait que nous avons tant d'excellentes entreprises canadiennes qui développent des systèmes logiciels brillants qui utilisent les données pour aider les professionnels de la santé à travailler plus intelligemment. Et pourtant, la plupart de ces entreprises disent qu'elles ont plus de succès à vendre leurs innovations aux États-Unis ou dans d'autres pays du monde, parce que les stratégies d'approvisionnement canadiennes sont un cauchemar — surtout dans le domaine des soins de santé.

Mais le mot approvisionnement comporte beaucoup de bagages au Canada, et je veux que vous pensiez à l'effet que cela a sur notre gouvernement dans son ensemble.

Les politiciens et les responsables gouvernementaux vivent dans la peur de la prochaine débâcle du système de paye Phoenix, parce que les Canadiens sont étonnamment doués pour se mettre en colère lorsqu'ils pensent que le gouvernement gaspille de l'argent. Mais nous ne nous fâchons pas de tous les services gouvernementaux modernes que nous manquons parce que le gouvernement a décidé de s'en tenir à une technologie vieille de 30 ans.

Depuis des années, les experts et les responsables savent que nos systèmes sont désuets, que nous ne recueillions pas les bonnes données, et que notre technologie était si lourde que nous ne pouvions même pas bien utiliser les données que nous avons.

En Ontario récemment, nous avons vu le gouvernement dévoiler une stratégie numérique et sur les données visant directement à déverrouiller les données gouvernementales. L'approche de l'Ontario établit des voies permettant au gouvernement de travailler avec des experts de l'industrie afin d'établir des normes de données claires pour que le secteur privé puisse créer des outils qui s'intègrent de manière transparente aux systèmes de données gouvernementales. C'est un pas dans la bonne direction, et d'autres gouvernements devraient en prendre note.

Les soins de santé doivent être l'une des principales priorités. Ce n'est pas seulement un bien public, mais aussi l'une des industries les plus grandes et à la croissance la plus rapide au monde, avec une valeur projetée de 10 billions de dollars US en 2022. Les provinces détiennent une énorme quantité de données sur les soins de santé, mais une grande partie ne peut être utilisée, en raison d'un manque de normes claires, d'API ouvertes et d'une panoplie de systèmes souvent désuets.

Cela peut changer, et cela doit changer pour améliorer les résultats en matière de santé.

De bonnes données facilitent tout, et l'incapacité d'utiliser les données rend tout plus difficile — surtout à une époque où les citoyens sont prêts à assumer davantage de responsabilité pour leurs données de santé.

La pandémie prendra fin. Mais si nous n'exigeons pas mieux du gouvernement, la crise des données se prolongera, et elle nous rendra plus difficile la résolution de toutes les autres crises que nous devons aborder une fois que nous aurons vaincu la COVID-19.

Le Conseil des innovateurs canadiens est un conseil d'affaires national représentant plus de 140 entreprises en hypercroissance du secteur des technologies dont le siège social est au Canada. Si vous souhaitez recevoir des mises à jour sur les politiques gouvernementales et des perspectives comme celle-ci du CCI, inscrivez-vous à notre infolettre .

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