Encre rouge, poudre sèche : les budgets provinciaux misent gros sur les fonds de capital

April 9, 2026

Par Laurent Carbonneau
Vice-président des politiques et de la défense des intérêts du CCI

C'est le printemps! Nous avons avancé les horloges, nous pensons à nos projets de jardinage et, dans des climats plus doux que le mien, vous ouvrez peut-être prudemment les fenêtres pour laisser entrer l'air frais. 

Ici, dans la station d'action souterraine Mooseworks, nous réfléchissons fébrilement à ce que la récolte annuelle de budgets provinciaux signifie pour les innovateurs, pour la croissance économique et pour la capacité du Canada à déterminer son propre avenir.

Les budgets provinciaux de cette année, malgré des déficits importants, ont conservé beaucoup de poudre sèche dans des circonstances budgétaires difficiles pour les fonds d'investissement. Les gouvernements devront s'assurer que ces investissements portent leurs fruits en se concentrant sur les bonnes choses — alimenter la croissance et le développement d'actifs intangibles critiques.

Chaque gouvernement provincial a affiché un déficit cette année, allant de 0,5 % à environ 3 % de son PIB provincial. Cela n'est pas particulièrement surprenant lorsque la croissance est faible et que l'incertitude est élevée, mais les déficits importants peuvent être politiquement coûteux et créer une pression sur les services clés.

C'est pourquoi j'ai été un peu surpris de constater que même lorsque les provinces puisaient dans leurs réservoirs d'encre rouge, plusieurs budgets comprenaient un nouveau véhicule ou un véhicule recapitalisé pour les investissements économiques provinciaux.

L'Ontario a transféré les 4 G$ restants de son Fonds Protéger l'Ontario, annoncé l'an dernier, pour protéger les grandes industries de la province contre les chocs tarifaires vers le nouveau Fonds d'investissement du compte Protéger l'Ontario. Le fonds doit être géré de manière professionnelle et vise à attirer des capitaux privés (particulièrement des régimes de retraite) dans des industries avancées comme l'IA, la défense, la fabrication, les sciences de la vie et la biotechnologie.

La Colombie-Britannique a créé un Fonds d'investissement stratégique de 400 M$ pour positionner la province afin d'égaler ou d'attirer des dollars fédéraux dans des industries stratégiques comme la construction navale et les sciences de la vie. Cela complète l'ambitieuse stratégie industrielle Look West que la province a lancée en novembre dernier.

Pendant ce temps, le budget du Québec réserve jusqu'à 2 G$ dans son bilan pour des fonds stratégiques, avec 1 G$ en argent neuf pour créer un nouveau Fonds pour les minéraux critiques et stratégiques et un autre 1 G$ pour bonifier le Fonds de croissance des entreprises du Québec. Ce dernier se concentrera sur la réalisation d'investissements « dans des secteurs prometteurs pour accélérer leur développement et stimuler l'émergence de nouveaux acteurs de classe mondiale ».

L'adjectif « stratégique » est beaucoup utilisé lorsque les gouvernements parlent de ces véhicules d'investissement. Historiquement, ils ne sont pas à la hauteur. Lorsque nous examinons le défunt Fonds stratégique pour l'innovation fédéral, par exemple, les investissements avaient tendance à suivre l'actualité et les tendances mondiales importantes. Lorsque le gouvernement fédéral renégociait l'ALENA pendant la première administration Trump, par exemple, il a fait un groupe d'investissements dans les secteurs de l'acier et de l'aluminium touchés par le commerce.

Il est normal que les gouvernements réagissent aux événements. Cela fait partie de la description de tâches. Mais ce qui arrive souvent aux réserves de liquidités qui attendent dans les livres du gouvernement d'être déployées vers la bonne opportunité stratégique à long terme, c'est qu'elles deviennent des solutions très tentantes à des problèmes politiques à court terme. 

Alors que la Colombie-Britannique, l'Ontario et le Québec commencent à déployer ces nouveaux outils, ils devraient garder à l'esprit certaines balises pour maximiser les chances de succès. 

Premièrement, investir dans la construction de l'avenir, pas du passé. Les actifs importants sur lesquels parier sont les actifs intangibles : données, brevets et autres formes de propriété intellectuelle. Les entreprises qui n'ont pas une conscience très aiguë des actifs intangibles qu'elles possèdent et dont elles ont besoin ne sont pas susceptibles d'aller très loin.

Deuxièmement, investir dans l'approfondissement de l'excellence entrepreneuriale. L'économie canadienne a historiquement eu du mal à transformer les petites entreprises en grandes entreprises. Cela a des effets en cascade. Les grandes organisations prospères exposées aux marchés mondiaux compétitifs cultivent l'excellence, et cette excellence a tendance à se répandre. 

Je pense souvent à l'endroit où j'ai grandi, près de Redmond, dans l'État de Washington. Le géant de l'aérospatiale Boeing a développé des talents en ingénierie et en gestion pendant des décennies et a mis la région sur la carte économique en tant que pôle pour les industries complexes. Microsoft, au fur et à mesure de sa croissance, a également développé un bassin de capital humain dans lequel Amazon a pu puiser lors de sa croissance à l'échelle mondiale. Les grandes entreprises engendrent davantage de grandes entreprises. 

Mais c'est un argument pour la croissance et pour les grappes d'innovation. Alors pourquoi est-il important qu'elles soient locales plutôt que d'attirer simplement des investissements d'entreprises étrangères? 

L'une des particularités économiques des actifs intangibles est qu'ils sont évolutifs d'une manière que les actifs tangibles ne peuvent fondamentalement pas être. 

L'excellence entrepreneuriale et managériale importe encore plus pour les entreprises dont la valeur découle d'actifs intangibles. Parce qu'ils sont si évolutifs, il n'y a pas de réel plafond à la valeur qu'ils peuvent créer. Cela crée un petit club de plus performants qui captent une valeur énorme. Ce phénomène est extrêmement visible dans l'essor des entreprises superstars dans l'économie de l'innovation. 

Si nous ne développons pas chez nous des talents de leadership de classe mondiale qui prennent des décisions qui façonnent l'avenir de leurs entreprises, alors nous ratons le coche sur un atout économique extrêmement important.

Les gouvernements provinciaux auront beaucoup d'occasions qui frapperont à leurs portes. Ils devraient se concentrer sur celles qui bâtiront les actifs, les compétences et les entreprises dont le Canada a davantage besoin.

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Laurent Carbonneau est vice-président des politiques et de la défense des intérêts du CCI. Vous pouvez le joindre à lcarbonneau@canadianinnovators.org. Mooseworks est le bulletin d'information sur la politique d'innovation du Conseil des innovateurs canadiens. Pour recevoir des publications comme celle-ci dans votre boîte de réception, inscrivez-vous au bulletin d'information du CCI ici .

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