Capacité souveraine : bâtir un bien commun industriel canadien à double usage

April 24, 2026

Par Laurent Carbonneau
vice-président des politiques et de la défense des intérêts au CCI

Plus tôt cette année, j'ai corédigé un document de politique sur la politique de défense et de technologie à double usage avec Matthew da Mota, analyste principal des politiques au Canadian Shield Institute. Cette semaine, le document a été publié et nous l'avons présenté lors d'une conférence à Ottawa. Le document lui-même est une rédaction de politique assez dense, mais Matthew a écrit un court résumé de notre réflexion pour le bulletin hebdomadaire de Shield. 

Nous avons pensé que cela pourrait également intéresser les lecteurs de Mooseworks. Je cède donc la parole à Matthew, et si vous êtes intéressés, inscrivez-vous à The National Interest. Ils publient des analyses de politiques intelligentes sur la façon de renforcer la souveraineté du Canada :

Kaylie Tiessen, économiste en chef du Canadian Shield Institute, a récemment fait des calculs assez simples :

  1. Commencer avec le niveau actuel des dépenses de défense du Canada, qui vient de dépasser 2 % du PIB.

  2. Prendre les propres prévisions du gouvernement pour les années à venir, tirées du budget fédéral de 2025.

  3. Supposer que le premier ministre Mark Carney est sérieux au sujet de l'objectif du Canada d'atteindre une cible de dépenses de défense de 5 % du PIB d'ici 2035.

Le graphique ressemble à ceci :

Si nous le faisons réellement, le Canada dépensera un montant stupéfiant de 230 G$ CA par année en dépenses de défense, contre environ 80 G$ CA aujourd'hui.

Le simple fait d'injecter une énorme somme d'argent dans les achats de défense ne stimulera pas en soi l'économie, si nous ne corrigeons pas trois déficits essentiels :

Premièrement, il y a la capacité de fabrication du Canada.

Deuxièmement, il y a la rétention par le Canada et l'utilisation stratégique des actifs intangibles produits grâce à la R-D en matière de défense.

Et enfin, il y a la gouvernance des technologies émergentes à double usage.

Compte tenu de la somme d'argent des contribuables en jeu et de ce que cela signifie pour la position géopolitique du Canada dans le monde, nous devons vraiment bien formuler la politique.

Plus tôt cette année, j'ai corédigé un document avec Laurent Carbonneau, vice-président des politiques et de la défense des intérêts au Conseil des innovateurs canadiens. Nos deux organisations sont étroitement alignées, et nous travaillons toutes deux sur des enjeux à l'intersection de la politique de défense et de la stratégie économique.

Il s'avère qu'il y a eu pas mal de recherches universitaires sur l'idée de tisser ensemble la fabrication et la R-D, et l'idée a un nom : « The Industrial Commons ».

L'idée ici est qu'il ne sert à rien de miser entièrement sur le travail de R-D, sans avoir également une capacité de fabrication locale pour l'accompagner. Le gouvernement cherche déjà à favoriser les pôles d'innovation liés à la stratégie industrielle de défense, et il y a de réels avantages à prendre des mesures pour s'assurer qu'une fabrication de haute qualité soit colocalisée au même endroit que la R-D.

Essentiellement, si vous avez des gens qui conçoivent des drones ou de l'informatique quantique ou des technologies aérospatiales, il est très utile d'avoir l'usine juste en bas de la route pour fabriquer des choses. D'une part, les usines auront probablement une certaine capacité excédentaire, qui peut être utilisée par d'autres innovateurs de la région, ou potentiellement créer des retombées positives pour d'autres cas d'usage non liés à la défense.

Le « Industrial Commons » ici est l'idée de rassembler des chercheurs (ce qui est déjà une force pour le Canada) aux côtés de la fabrication (moins une force pour le Canada, mais nous avons une certaine capacité sous-utilisée que nous pouvons réoutiller). L'ensemble est plus grand que la somme de ses parties, et la capacité industrielle partagée pour la recherche et la production devient une ressource publique — c'est-à-dire un bien commun.

Vous pouvez en lire beaucoup plus sur toutes ces idées dans le document plus long que nous avons écrit, qui est publié en ligne ici.

Mais en résumé, nous proposons trois institutions pour concrétiser cette idée d'un bien commun industriel de défense à double usage au Canada :

  1. Bâtir une capacité de fabrication autour des nouveaux pôles sécurisés d'innovation en matière de défense, conçus pour une production civile et de défense à double usage.

  2. Un collectif d'actifs intangibles à double usage pour acquérir des brevets, attacher des exigences de rétention de propriété intellectuelle et de données au financement public, et empêcher la recherche financée par le Canada de s'écouler à l'étranger.

  3. Un bureau des normes stratégiques pour façonner de manière proactive les normes d'approvisionnement en matière de défense et d'interopérabilité, donnant au Canada plus de contrôle et de modularité sur ses systèmes de défense et potentiellement à double usage.

La volonté politique et le capital sont maintenant alignés pour agir à ce sujet. Sans bâtir un écosystème complet qui peut produire des idées, fabriquer des choses, gouverner stratégiquement et retenir la valeur, nous risquons de dépenser de l'argent pour des besoins immédiats sans bâtir pour l'avenir.

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Laurent Carbonneau est vice-président des politiques et de la défense des intérêts au CCI. Vous pouvez le joindre à lcarbonneau@canadianinnovators.org. Mooseworks est le bulletin d'information sur la politique d'innovation du Conseil des innovateurs canadiens. Pour recevoir des articles comme celui-ci dans votre boîte de réception, inscrivez-vous au bulletin d'information du CCI ici .

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