L'approvisionnement : l'outil inexploité de la politique industrielle

September 4, 2024

Le 10 septembre, le CCI publiera Building Winners: Strategic Procurement in the Age of Innovation. Ce rapport phare rédigé par le directeur des politiques du CCI, Laurent Carbonneau, et l'économiste Dan Ciuriak, examine en profondeur l'opportunité et la nécessité d'utiliser l'approvisionnement comme outil clé de développement économique.

Inscrivez-vous pour assister à notre événement de lancement sur Zoom, où Laurent et Dan parleront du rapport en compagnie de la cheffe de la direction d'AltaML, Nicole Janssen, du président du conseil de ClearRisk, Neil Desai, et du directeur des initiatives stratégiques du CCI, Abu Kamat.

Par Laurent Carbonneau
Directeur des politiques et de la recherche

Tout au long de 2024, au CCI, nous avons été obsédés par l'approvisionnement gouvernemental. Et cet article portera éventuellement sur l'approvisionnement, mais d'abord, nous devons parler de certains principes fondamentaux.

Parlons de politique industrielle.

Le Canada possède d'excellents talents en recherche et en science.

Nous avons un marché des capitaux robuste qui ferait pâlir d'envie les économies européennes.

De plus, nous avons le type de fondements stables en matière de gouvernance et d'État de droit qui rendent l'investissement attrayant.

Pourquoi ne sommes-nous pas une puissance de l'innovation avec tous ces atouts ? Et d'ailleurs, qui a pour rôle de rassembler toutes ces pièces ?

Lorsque le gouvernement décide qu'il lui revient de rassembler le tout, nous avons tendance à appeler cela une politique industrielle. Et la politique industrielle a fait un certain retour au cours des dernières années. Les États-Unis ont réalisé d'énormes investissements dans la transformation économique et l'innovation par l'entremise de l'Inflation Reduction Act et du CHIPS and Science Act. L'Europe et la Chine ont emboîté le pas avec des mesures visant à améliorer leur part de marché et leur performance dans des secteurs qu'ils jugent stratégiques, comme les véhicules électriques et la construction navale.  

Dans la plupart des cas, la politique industrielle est passée de mode avec le disco et le tie-dye à la fin des années 1970. Jusqu'à la fin du XXe siècle, Milton Friedman et le néolibéralisme ont dominé. Les gens disaient des choses comme « Le gouvernement ne peut pas choisir les gagnants » et l'attitude générale était que lorsque les bureaucrates tentaient de s'ingérer dans les marchés, cela ne résultait qu'en un gâchis inutile.

Cela était peut-être vrai à l'époque, mais le retour en vogue de la politique industrielle ne consiste pas à oublier les erreurs du passé. La réalité est que le jeu économique a changé.

Dans une économie comme celle des années 1970 et 1980, ce que les économistes appellent les rentes des producteurs étaient faibles. Cela signifie que les marchés étaient essentiellement compétitifs dans le même sens que nous le comprenons dans un manuel d'économie de base : les marges bénéficiaires étaient éliminées par la concurrence, et les entreprises ne pouvaient pas compter sur des « fossés » technologiques pour les protéger, et les fossés protectionnistes fondés sur des politiques favorisaient principalement des entreprises non compétitives et étaient néfastes pour la plupart des gens. La politique industrielle est tombée en disgrâce en grande partie parce qu'elle n'est tout simplement pas le bon outil pour une économie à faibles rentes et à forte concurrence.

Mais l'économie a changé depuis, de façon spectaculaire. Alors que nous commencions à laisser derrière nous les années 1980, avec leur reaganisme, leurs grosses coiffures et leurs vestes de cuir, il y a eu une augmentation considérable de l'importance des actifs incorporels comme les brevets qui sont associés aux rentes des producteurs.  

En 1963, environ 91 000 demandes de brevet ont été déposées auprès de l'US Patent and Trademark Office (USPTO). Une génération plus tard, en 1983, ce nombre avait à peine grimpé à 112 000. Mais en 2003, le nombre de demandes de brevet a triplé pour atteindre 366 000, et en 2020, la plus récente année suivie par l'USPTO, les demandes de brevet annuelles avaient presque doublé de nouveau, pour atteindre environ 650 000.

Au même moment, la part du PIB représentée par les profits oscillait entre 4 et 5 % pendant les années 1970 et 1980, mais a commencé à augmenter en 1990 et dépasse maintenant 8 %.

Cela nous indique que les rentes des producteurs sont de retour, et cela signifie qu'il existe maintenant des arguments beaucoup plus solides en faveur de la politique industrielle qu'il y a une génération. Mais plus important encore, ces rentes proviennent d'avantages technologiques intégrés dans des actifs incorporels. Dans une économie définie par l'innovation et les actifs incorporels, la leçon est que la politique industrielle et la politique d'innovation doivent être traitées comme une seule et même chose.

Si nous acceptons qu'il est juste d'utiliser des outils de politique industrielle et d'innovation dans cette nouvelle économie, quelles sont les meilleures options ? Nous avons essayé les crédits d'impôt, et comme je l'ai mentionné plus tôt, les politiques-cadres comme le financement de l'éducation et de la recherche ne semblent pas suffire à elles seules.

Nous devons donc examiner nos problèmes spécifiques – dans le cas du Canada, le problème est un manque de grandes entreprises innovantes locales qui stimulent la majeure partie de la croissance de la productivité dans les économies avancées. Notre autre problème est que nous ne sommes pas en mesure de transformer l'excellence de la recherche en innovation industrielle.

C'est là qu'intervient l'approvisionnement gouvernemental. L'approvisionnement en innovation peut cibler les problèmes exactement là où ils se trouvent, en fournissant un outil permettant aux entreprises individuelles de croître et en fournissant un marché pour les technologies de pointe. Les entreprises en croissance qui poursuivent des défis novateurs ont une forte attraction pour connecter plus intimement les systèmes de recherche académique et industrielle afin de résoudre des problèmes scientifiques et d'ingénierie tangibles.

Nous ne pouvons pas simplement ignorer la réémergence de la politique industrielle, et nous devons nous rappeler que toute politique industrielle doit maintenant être une politique d'innovation dans la nouvelle économie. Ces constatations nous orientent vers les outils qui peuvent aider à résoudre nos problèmes canadiens spécifiques – et mettre nos innovateurs au travail pour résoudre de vrais défis publics arrive en tête.

Pour en savoir plus sur ces idées, vous voudrez assister à l'événement de lancement du CCI pour Building Winners: Strategic Procurement in the Age of Innovation. Inscrivez-vous ici.

Membres de l'équipe CCI

ABONNEZ-VOUS À L'INFOLETTRE DU CCI

Recevez les dernières nouvelles

En soumettant vos renseignements, vous acceptez notre Politique de confidentialité.
Merci! Votre soumission a été reçue!
Oups! Une erreur est survenue lors de l'envoi du formulaire.