Transformer l’excellence du Québec en recherche sur l’IA en puissance économique

September 11, 2026

Par Jean-François Harvey
Directeur des affaires du Québec

Le Québec a mis vingt ans à bâtir l'un des écosystèmes de recherche en IA les plus respectés au monde. Nous avons la chance de compter sur Mila, des universités de calibre mondial et un bassin de talents qui attire aujourd'hui les plus grands laboratoires technologiques de la planète. Tout cela résulte d'un pari public délibéré et patient.

Mais à l'approche de l'élection d'automne, il serait dangereux de confondre ce succès avec une mission accomplie. Le prochain gouvernement du Québec a une occasion unique : traduire notre réputation mondiale en recherche sur l'IA en entreprises d'ici qui dominent les marchés internationaux.

C'est précisément ce que nous documentons dans Ce dont les innovateurs québécois ont besoin pour prospérer, notre document de positionnement électoral. Faire croître les entreprises d'ici est l'un des défis économiques les plus importants de cette décennie pour le Québec. Et l'adoption de l'IA est là où ce défi se manifeste le plus clairement, et où il est le plus souvent mal diagnostiqué.

Poser le mauvais diagnostic mènera à l’adoption du mauvais remède. Le réflexe de politique publique par défaut, et pas seulement au Québec, a été de traiter la lenteur de l'adoption de l'IA comme un problème de confiance. L'hypothèse est que les entreprises sont hésitantes, méfiantes ou peu familières avec la technologie, et que les gouvernements devraient donc financer des campagnes de littératie numérique et des programmes de compétences pour renforcer cette confiance. Aussi intuitive que puisse paraître cette théorie, les données suggèrent autre chose.

On a longtemps cru que les PME tardaient à adopter l'IA parce qu'elles s'en méfiaient. Or, les vrais freins sont les mêmes qui ont toujours ralenti l'adoption des nouvelles technologies : manque de capital, complexité organisationnelle et/ou absence de capacité technique interne. Beaucoup d'entreprises voudraient adopter l'IA mais elles n'en ont tout simplement pas les moyens. Les résultats limités des programmes fédéraux de perfectionnement des compétences le confirment : la littératie numérique seule ne crée pas la capacité organisationnelle que l'adoption nécessite.

Le constat pour le prochain gouvernement est clair : le meilleur accélérateur d'adoption de l'IA, ce n'est pas un programme de littératie, c'est une entreprise en croissance qui investit, expérimente et entraîne ses partenaires dans son sillage.

Il faut que ce soit clair : adopter l’IA sans être propriétaire des modèles, c'est se condamner à être d’éternels locataires. Adopter des plateformes conçues et détenues à l'étranger, c'est choisir l'efficacité à court terme au détriment de la richesse à long terme. Le Québec gagnerait en productivité, mais perdrait la propriété intellectuelle, les emplois spécialisés et les occasions de conquérir de nouveaux marchés qui sont la vraie valeur de la technologie.

L'infrastructure numérique souveraine devrait être comprise comme une infrastructure économique à part entière. La traiter comme optionnelle, c'est risquer de laisser le Québec dépendant de technologies détenues à l'étranger, plutôt que de bâtir et contrôler davantage les siennes.

Le Québec dispose d'un outil sous-utilisé qui peut aider à relever ces défis : son propre pouvoir d'achat. La Stratégie d'intégration de l'intelligence artificielle dans l'administration publique 2021–2026 engage le secteur public à adopter l'intelligence artificielle. Le succès de cette stratégie devrait être mesuré en partie à travers la capacité du gouvernement à devenir un client d'ancrage qui aide les entreprises d'ici à prendre leur envol.

Un contrat gouvernemental peut transformer une jeune entreprise IA en acteur crédible sur les marchés mondiaux. C'est le genre de levier que le gouvernement a déjà en main et qu'il n'utilise pas assez. Mieux diriger ses achats vers les entreprises d'ici, c'est créer de la propriété intellectuelle qui reste au Québec, des emplois bien payés et une chaîne d'approvisionnement locale plus résiliente.

Quel que soit le parti qui formera le gouvernement cet automne, il héritera d'une force réelle : la base de recherche en IA du Québec. La convertir en puissance économique passe par une condition essentielle : aider les entreprises d'ici à adopter et à déployer cette technologie. Nous ne sommes pas devant un problème de confiance. Nous sommes devant un problème de moyens, de capacité et de propriété. Le prochain gouvernement a une occasion exceptionnelle devant lui. Faire croître les entreprises d'ici, garder la propriété intellectuelle au Québec et choisir les technologies développées ici aura bien plus d'impact sur l'adoption de l'IA que toutes les campagnes de sensibilisation du monde.

À propos du Conseil canadien des innovateurs (CCI)

Le Conseil canadien des innovateurs (CCI) est le conseil d’affaires du Canada pour l’économie du XXIe siècle. Nous sommes un collectif regroupant plus de 175 des entreprises canadiennes les plus ambitieuses et à la croissance la plus rapide, ainsi que les fondateurs, PDG et dirigeants qui les dirigent. Ensemble, nous travaillons à améliorer les conditions d’affaires afin d’aider davantage d’entreprises d’ici à prendre de l’expansion, à rivaliser à l’échelle mondiale et à favoriser une prospérité à long terme.

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