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Budget 2026-2027: les innovateurs québécois attendent plus que des promesses
March 16, 2026
Par Jean-François Harvey,
Directeur pour le Québec du CCI
Depuis trop longtemps, les entreprises technologiques québécoises observent avec frustration un paradoxe tenace : le Québec se targue d'être un leader mondial en intelligence artificielle, en cybersécurité et en technologies de la santé, mais au moment de signer des contrats, c'est encore trop souvent vers les géants étrangers qu’on se tourne. Le budget qui sera déposé mercredi à l'Assemblée nationale représente une occasion concrète de corriger le tir. Les innovateurs québécois ne demandent pas de faveurs. Ils souhaitent simplement qu’on leur donne une chance équitable de faire leurs preuves chez eux, avant de conquérir le monde.
L'approvisionnement gouvernemental : un levier sous-utilisé
Le gouvernement québécois dépense des milliards de dollars chaque année en solutions numériques et technologiques. Or, une part disproportionnée de ces contrats échappe aux entreprises d'ici, non pas parce qu'elles manquent de compétences, mais parce que les processus d'appels d'offres favorisent structurellement les grandes multinationales.
Des juridictions comme le Royaume-Uni, Israël ou même certains États américains ont adopté des politiques explicites d'achats publics orientés vers les PME technologiques locales, avec des résultats probants sur la création d'emplois, la rétention des talents et la croissance des champions nationaux.
Le budget 2025-2026 doit inclure une réforme substantielle des règles d'approvisionnement : simplification des appels d'offres pour les contrats sous un certain seuil, exigences de contenu local renforcées dans les grands projets numériques de l'État, et création d'un programme de « premier contrat gouvernemental » permettant aux jeunes entreprises innovantes de décrocher leur première référence institutionnelle. Sans un accès réel au marché domestique, les scale-ups québécoises seront toujours forcées de valider leur technologie à l'étranger avant d'être reconnues dans leur propre province.
L'adoption de l'IA : l'État doit montrer l'exemple
Le Québec a investi massivement dans la recherche en intelligence artificielle. Montréal est reconnue mondialement. Mila est une institution de calibre mondial. Mais il y a un gouffre béant entre l'excellence académique et l'adoption concrète de l'IA dans les services publics et les opérations gouvernementales.
Ce budget doit poser des jalons clairs. D'abord, un engagement ferme à déployer des solutions d'IA québécoises dans des secteurs névralgiques : santé, éducation, services aux citoyens, en incluant des appels d'offres dédiés, des enveloppes réservées et des mécanismes d'évaluation transparents. Ensuite, la création d'un fonds d'adoption de l'IA destiné aux PME québécoises qui souhaitent intégrer ces technologies dans leurs opérations, mais qui n'ont pas les ressources pour y parvenir seules.
L'IA n'est plus une technologie du futur. Elle redéfinit déjà la productivité, la compétitivité et la création de valeur dans toutes les industries. Pendant que Québec hésite, d'autres provinces et pays avancent. Le retard que nous accumulons aujourd'hui sera exponentiellement plus coûteux à combler demain.
La souveraineté numérique : une question d'identité autant que d'économie
Les données des Québécois (leurs dossiers de santé, leurs transactions financières, leurs interactions avec l'État) transitent et résident encore trop souvent sur des serveurs contrôlés par des entreprises étrangères, soumises à des lois étrangères. Ce n'est pas un enjeu abstrait. C'est une vulnérabilité réelle qui devrait tous nous inquiéter.
La souveraineté numérique ne signifie pas le repli sur soi. Elle signifie que le Québec doit se doter d'une infrastructure numérique de confiance, ancrée dans des entreprises et des juridictions qui partagent nos valeurs et répondent de nos lois. Cela implique des investissements dans les infrastructures infonuagiques québécoises, une politique claire de localisation des données sensibles de l'État, et un soutien accru aux entreprises qui développent des alternatives locales crédibles aux solutions des hyperscalers américains.
Le budget doit envoyer un signal sans équivoque : la souveraineté numérique est une priorité gouvernementale, et non un slogan.
Le moment de choisir
Mercredi, le ministre Girard aura un choix. Il pourra déposer un budget qui reconduit le statu quo, avec quelques mesures symboliques saupoudrées sur un système qui continue de fonctionner au bénéfice des joueurs établis. Ou il pourra poser les bases d'une économie numérique québécoise réellement souveraine, compétitive et tournée vers l'avenir.
Les innovateurs québécois ont bâti des entreprises de calibre mondial, souvent malgré les obstacles et rarement grâce au soutien de l'État. Ils n'ont pas besoin d'être protégés. Ils ont besoin que leur propre gouvernement leur fasse confiance. Ce budget est l'occasion de le démontrer. Le Québec doit se montrer à la hauteur du moment.
À propos du Conseil canadien des innovateurs
Le Conseil canadien des innovateurs (CCI) est un regroupement national d’entreprises qui travaille à changer la façon dont les gouvernements du pays soutiennent l’innovation. Son but : aider les entreprises canadiennes à grandir et à prospérer ici, au Canada. Le CCI représente plus de 180 des entreprises technologiques qui connaissent la plus forte croissance au pays. Ses membres sont des PDG, des fondateurs et des dirigeants d’entreprises qui se distinguent dans des secteurs comme la santé, les technologies propres, les finances, la cybersécurité et l’intelligence artificielle. Nous défendons des politiques qui facilitent l’accès à des talents qualifiés, à du financement stratégique et à de nouveaux clients — des éléments essentiels pour faire grandir l’innovation canadienne.
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